Morwenna, Jo Walton

 

« Morwenna Phelps, qui préfère qu’on l’appelle Mori, est placée par son père dans l’école privée d’Arlinghust, où elle se remet du terrible accident qui l’a laissée handicapée et l’a privé à jamais de sa sœur jumelle, Morganna. Loin de son pays de Galles natal, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir des livres, notamment des livres de science-fiction. Samuel Delany, Roger Zelazny, James Tiptree Jr, Ursula K. Le Guin et Robert Silverberg peuplent ses journées, la passionnent. Alors qu’elle commence à reprendre du poil de la bête, elle reçoit une lettre de sa folle de mère : une photo sur laquelle Morganna est visible et sa silhouette à elle brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est sa mère ? Elle peut chercher dans les livres le courage de se battre. »
 
Genre : Fantasy urbaine, Inclassable
334 pages


 » Ce n’est pas que nous ignorions l’histoire. (…) Simplement, nous ne faisions pas le rapport avec le paysage. Et c’était le paysage qui nous formait, qui faisait de nous ce que nous étions, qui affectait tout. Nous pensions vivre dans un paysage de fantasy, alors qu’en fait nous vivions dans un décor de science-fiction. (…) C’est étonnant comme les choses peuvent vous échapper. » [Morwenna évoquant la vision de son Pays de Galles natal, entre campagne luxuriante et paysage industriel désaffecté.]
Lire un second livre de Jo Walton si peu de temps après (le précédent étant Mes vrais enfants) s’est trouvé être une très bonne idée, car je serai sinon peut-être un peu passée à côté de ce roman si spécial qu’est Morwenna et des thèmes que Walton affectionne : l’importance de la culture, de la famille (biologique/celle qu’on se choisit), le poids de l’Histoire chez chacun, la biologie, les maisons de retraite et le système médical en général, l’homosexualité, l’émancipation, …
Morwenna a été l’objet d’un énorme engouement lors de sa sortie en 2014. Auréolé de pas mal de prix spécialisés et de très bons retours, je suis, je l’avoue (et comme souvent) un peu passé à côté. Et j’aurai eu tort de boudé mon plaisir …

 
Le récit se présente sous la forme d’un journal intime écrit par Morwenna elle-même sur une courte période d’environ six mois. Au début de ma lecture, je me suis sentie un peu perdue. D’accord, Morwenna adore la SF et les littératures de l’imaginaire, et elle digresse merveilleusement à ce sujet (les passages sur Tolkien sont géniaux). Mais que penser du fait qu’elle voit des fées ? Qu’elle use de la magie ? Etait-ce métaphorique ?
L’autrice nous balade sur la folie supposée de son personnage, sur son incapacité ou non à faire la différence entre livres de SF et réalité. J’ai eu franchement du mal à accrocher au début. Puis quelque chose m’a questionné : est-il réellement important de savoir si la présence de la magie est réelle ? D’avoir une interprétation incontestable de l’histoire écrite noire sur blanc ?
Non. Au contraire, il faut accepter de ne pas choisir, et c’est toute la beauté du récit, et la réussite de l’hommage rendue à la littérature de genre. C’est en tout cas une lecture extrêmement difficile à chroniquer, et je comprends que pas mal de personnes soient passées à côté ou aient détesté la fin, qui est à mon sens parfaite. Le rythme du récit est lent, sans gros rebondissements ni enjeux, et comme le dit Morwenna elle-même, tout ce qu’il lui arrive/est arrivé s’explique par la magie, mais aussi de manière rationnelle.
J’ai pensé à deux livres en particulier lors de ma lecture, hors de ceux que Morwenna cite : Macbeth tout d’abord, pour cette présence de la magie qui explique les émotions et les comportements humains comme quelque chose qui nous dépasse ; puis L’homme qui savait la langue des serpents, pour l’évocation que fait Morwenna des mythes et légendes du Pays de Galles.
En bref, c’est presque un coup de cœur. 💕 Et c’est plein de belles phrases …
 » Les ormes sont tous un seul et même arbre, ce sont des clones c’est pourquoi ils dépérissent tous. Pas de variation génétique, donc pas de résistance naturelle parmi la population. Les jumeaux sont aussi des clones. Vous n’imaginez pas, en regardant un orme, qu’il ne fasse qu’un avec tous les autres. Vous verriez juste un arbre. C’est la même chose quand les gens me regardent maintenant : ils voient une personne, pas la moitié d’un couple de jumelles. »
 
VERDICT : HAUTEMENT RECOMMENDABLE !
 
 
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Mes vrais enfants, Jo Walton

Mes vrais enfants, Jo Walton« Née en 1926, Patricia Cowan finit ses jours dans une maison de retraite. Très âgée, très confuse, elle se souvient de ses deux vies. Dans l’une de ces existences, elle a épousé Mark, avec qui elle avait partagé une liaison épistolaire et platonique, un homme qui n’a pas tardé à montrer son véritable visage. Dans son autre vie, elle a enchaîné les succès professionnels, a rencontré Béatrice et a vécu heureuse avec cette dernière pendant plusieurs décennies. Dans chacune de ces vies, elle a eu des enfants. Elle les aime tous… Mais lesquels sont ses vrais enfants : ceux de l’âge nucléaire ou ceux de l’âge du progrès? Car Patricia ne se souvient pas seulement de ses vies distinctes, elle se souvient de deux mondes où l’Histoire a bifurqué en même temps que son histoire personnelle. »
 
Genre : Uchronie
352 pages
 
Le nom de Jo Walton vous dit quelque chose ? Elle est l’auteure de Morwenna, livre qui a connu un grand succès sur la blogosphère il y a de cela quelques années … et qui est depuis tout ce temps dans ma PAL. Peut-être l’en sortirai-je un jour, car Mes vrais enfants m’a fait plutôt bonne impression. 
 
Patricia est un drôle de personnage. Vieille femme, elle n’a non pas une vie à se remémorer, mais deux, qu’elle compartimente parfaitement. Ainsi, difficile de savoir si elle a été cette femme mariée malheureuse, mais évoluant dans un monde qui a appris à vivre en paix, où les armes nucléaires disparaissent au profit de lois progressistes, ou si elle a été cette femme éperdument amoureuse d’une autre (Bee, un personnage vraiment bien écrit) , follement heureuse en ménage mais évoluant dans un monde où l’utilisation de l’arme atomique se répète sans cesse aux quatre coins du globe jusqu’à mettre la santé des terriens en péril. D’autant plus que dans la maison de retraite où elle se trouve, elle reçoit la visite de chacun de ses enfants, et que parmi le personnel médical, personne n’a envie de s’intéresser à ses divagations de femme sénile. 

Mes vrais enfants est indéniablement un roman engagé. Ce système habile de narration permet d’aborder un large spectre de sujets, comme l’homosexualité, l’importance du pacifisme (après lecture, il est indéniable que l’auteure l’est), le SIDA, la famille, la terreur que représente le nucléaire (ça fait froid dans le dos quand on y pense !), l’émancipation, le féminisme, le traitement des personnes âgés et malades, et tellement d’autres … 
 
Du côté purement uchronie, en tant qu’amatrice, j’ai été ravie de chercher ça et là les différences plus ou moins flagrantes avec notre histoire. Le livre interroge forcément : que serait devenu le monde si tel ou tel évènement s’était déroulé différemment ? Petites histoires dans la Grande et influence de l’Histoire dans les petites, ce roman nous offre de vrais moments d’émotions et d’interrogation. 
 
Mais, alors, pourquoi ne suis-je pas complètement conquise ? Je n’ai absolument rien à reprocher à l’écriture de Jo Walton, qui est fluide et simple. Seulement, il me semble que le trop grand nombre de thèmes abordés a parfois un mauvais impact sur la narration, transformant ce récit TRÈS chronologique en une simple énumération de faits. C’est tout à son honneur de vouloir aborder tant de sujets essentiels, mais en un seul roman de 35à pages ? J’avais un peu l’impression de la voir, avec une liste des choses à dire, et de cocher chaque fois qu’un paragraphe abordait le sujet donné. Et dans ces moments-là, ma lecture m’a semblé beaucoup moins agréable. 
 
 
VERDICT : UN PEU QUITTE OU DOUBLE !