Les demoiselles, Anne-Gaëlle Huon

Genre : Historique/Terroir 🇫🇷

336 pages

Note : 3 sur 4.

« J’avais quinze ans quand j’ai pris la route ce matin-là, et une seule idée en tête : rejoindre le Pays Basque, devenir couseuse d’espadrilles, et échapper à mon destin. Jusqu’à ce que je rencontre les Demoiselles. Des femmes fantasques et mystérieuses vivant au milieu des livres, des jarretières et des coupes de champagne.

Qui étaient-elles ? Quel secret cachaient-elles ? Libres et incandescentes, accompagnées d’un majordome plus grand qu’une cathédrale, d’un chauffeur louche et d’un perroquet grivois, les Demoiselles n’auraient jamais dû croiser ma route. Pourtant, ces femmes ont changé ma vie. »

Cela faisait longtemps que j’avais à la fois envie de découvrir ces Demoiselles et de me plonger une première fois dans un récit d’Anne-Gaëlle Huon, autrice dont j’entends et lis souvent le plus grand bien. Et cette première – et plaisante, je vous rassure – approche se fait par le biais de ce roman légèrement historique qui va nous éclairer sur un fait bien existant, à savoir la venue de jeune couturière espagnole en France dans l’entre-deux-guerres pour travailler comme saisonnières dans des fabriques d’espadrilles. Et oui, à une époque où la semelle en caoutchouc n’existait pas, les espadrilles étaient portées par de nombreux travailleurs et notamment les mineurs de corons, qui en usaient plus d’une paire par semaine. La demande était donc particulièrement forte !

1923. Le personnage principal se prénomme Rosa. Jeune Espagnole âgée d’une quinzaine d’années au début du roman, elle parvient à convaincre sa sœur aînée Alma de traverser les Pyrénées et de partir travailler avec elle quelques mois en France afin de se constituer une rentrée d’argent rapide qui leur permettraient de subvenir à leurs besoins à elles, ainsi qu’à leur Abuela avec laquelle elles vivent. Mais sur le chemin, rien ne va se passer comme prévu et c’est finalement seule que Rosa va travailler au sein d’une manufacture française d’espadrilles avec d’autres Espagnoles. Rosa est douée pour le dessin et se met à imaginer des modèles d’espadrilles qui sortent de l’ordinaire, en y adjoignant rubans, strass et autres fantaisies. À la faveur de différentes rencontres, elle va faire la connaissance des Demoiselles, trois femmes qui habitent au sein d’une grande propriété dans les hauteurs du pays. Ces femmes libres, qui vivent sans hommes et se fichent du qu’en-dira-t-on, vont la prendre sous leur aile et bouleverser sa vie de bien des manières.

« Il n’y a que trois règles ici, Rosa. La première : ne jamais tomber amoureuse. La deuxième : ne jamais voler l’homme d’une autre. La dernière : ne boire que du champagne millésimé. 

Seule l’une de ces trois règles sera respectée. »

Durant ces quelque trois cents pages, Rosa va ainsi s’attacher à nous raconter son destin et celui de ces femmes, qui vont traverser ensemble bon nombre de grands évènements historiques (notamment la seconde Guerre Mondiale) et rencontrer quelques noms connus, tels que Charlie Chaplin, ou encore messieurs Dior et Saint-Laurent. Il est toujours plaisant de se plonger dans ce type de textes qui mêle petite et grande histoire. Ici, la destinée (bien réelle) de ces jeunes Espagnoles qui quittent leur pays pour travailler comme couturière en France quelques mois m’a fait découvrir un fait historique que je ne connaissais pas. De même, j’ignorais totalement l’importance de l’industrie de l’espadrille dans cette région et à cette époque. Je reprocherai néanmoins aux Demoiselles de passer un peu vite sur certains moments importants ; il aurait été plaisant de développer davantage certaines périodes. Ici, j’avais parfois l’impression d’un côté « liste chronologique ».

Les personnages sont en revanche très bien incarnés. Rosa tout d’abord est une jeune femme que l’on prend plaisir à voir évoluer et gagner son indépendance. Elle connaît une jolie réussite commerciale dont l’aspect émancipateur est très bien souligné par l’autrice, qui parait avoir à cœur de mâtiner son livre d’un doux girl power (toujours) bienvenu. Les autres femmes, ces fameuses Demoiselles, sont d’abord énigmatiques. Les liens qui existent entre elles se révèlent peu à peu sans que cela semble nous pousser artificiellement à continuer – au contraire, nous cheminons au côté d’une Rosa qui a au moins dans le premier tiers du roman tout à apprendre de la vie. Ainsi découvre-t-elle (et nous avec) le Paris de la Belle époque, puis celui des Années Folles, à la fois très libérateur, mais aussi terriblement claquemurant pour les Femmes qui y évoluent. Toutes ces héroïnes vont former une véritable famille avec ses joies, ses peines, ses disputes et ses grands moments de bonheur. Nous avons donc un roman à la fois familiale et historique avec en prime une petite touche terroir, parfait pour lire en se prélassant au soleil en picorant par-ci par-là dans cette histoire fleuve.

En conclusion… Un roman agréable.

↪ Un avis assez semblable au mien chez Laulette, un énorme coup de cœur chez C’est écrit.


3 réflexions sur “Les demoiselles, Anne-Gaëlle Huon

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