Un silence brutal, Ron Rash

Genre : Contemporain đŸ‡ș🇾

272 pages

Note : 3 sur 4.

« Dans cette contrĂ©e de Caroline du Nord, entre riviĂšre et montagnes, que l’Ɠuvre de Ron Rash explore inlassablement depuis Un pied au paradis, un monde est en train de s’effacer pour laisser la place Ă  un autre. Le shĂ©rif Les, Ă  trois semaines de la retraite, et Becky, poĂ©tesse obsĂ©dĂ©e par la protection de la nature, incarnent le premier. Chacun Ă  sa maniĂšre va tenter de protĂ©ger Gerald, irrĂ©ductible vieillard amoureux des truites, contre le reprĂ©sentant des nouvelles valeurs, Tucker. L’homme d’affaires, qui loue fort cher son coin de riviĂšre Ă  des citadins venus goĂ»ter les joies de la pĂȘche en milieu sauvage, accuse Gerald d’avoir versĂ© du kĂ©rosĂšne dans l’eau, mettant ainsi son affaire en pĂ©ril.

Les aura recours Ă  des mĂ©thodes peu orthodoxes pour dĂ©couvrir la vĂ©ritĂ©. Et l’on sait dĂ©jĂ  qu’avec son dĂ©part Ă  la retraite va disparaĂźtre une vision du monde dĂ©pourvue de tout manichĂ©isme au profit d’une approche moins nuancĂ©e. »

Mon premier Ron Rash ! Pour moi qui apprĂ©cie beaucoup la littĂ©rature amĂ©ricaine contemporaine, c’Ă©tait une sorte de manque qu’il fallait que je rattrape Ă  tout prix. Bon, pour ĂȘtre honnĂȘte, j’ai l’impression de ne pas avoir choisi le meilleur texte pour commencer. Non pas qu’il soit difficile ou quoique ce soit ; plutĂŽt qu’il est peut ĂȘtre en deçà de ce dont l’auteur est capable habituellement.

L’histoire suit deux points de vue. Il y a d’abord celui de Les, cinquante et un ans, qui a dĂ©cidĂ© de prendre sa retraite aprĂšs des annĂ©es de bons et loyaux services en tant que ShĂ©rif de sa petite bourgade de Caroline du Nord. Ensuite, il y a Becky, garde forestiĂšre et l’amie de Les. Ils se frĂ©quentent plus ou moins depuis quelques annĂ©es, mais ces deux personnalitĂ©s sauvages et abĂźmĂ©es ne parviennent pas Ă  aller plus loin. Une derniĂšre affaire compliquĂ©e va demander toute l’attention de Les ; et rien n’est jamais facile dans une petite ville oĂč tout le monde se connaĂźt.

« Pendant quelques instants, je tendis l’oreille. Un Ă©cureuil jacassait au cƓur de la forĂȘt. Plus prĂšs, un ruisseau murmurait. La nature rĂ©vĂšle ce qu’il y a de meilleur en l’homme, soutenait Becky, mais ici, aussi loin qu’on pouvait s’y enfoncer dans ce comtĂ©, je voyais exactement le contraire. Je tournicotai encore un peu dans le coin en donnant des coups de pied par-ci par-lĂ , dĂ©nichai un briquet Bic vert, la capsule d’un flacon de comprimĂ©s, d’autres pochettes alu vides, des languettes de cannettes et des mĂ©gots de cigarettes. »

La premiĂšre impression qui me vient serait de dire « roman crĂ©pusculaire« . En effet, il y a au travers de ces pages bien peu d’espoir et cette impression Ă©trange que le monde change nĂ©gativement sans qu’on ne puisse y faire quoique ce soit, qu’il court Ă  sa perte. C’est trĂšs triste et en mĂȘme temps bizarrement captivant, parce que trĂšs vite une atmosphĂšre s’installe entre les pages, de celles qui nous collent Ă  la peau mĂȘme quand on interrompt sa lecture. C’Ă©tait un point que j’espĂ©rais rencontrer chez Ron Rash, et sur ce critĂšre, je ne suis pas déçue.

Le personnage de Les, avec sa vision de presque retraitĂ©, porte en effet sur ses congĂ©nĂšres un regard dĂ©sabusĂ© bien qu’attachĂ© quelque part Ă  cet endroit qu’il a dans la peau et qu’il n’envisage pas un instant de quitter. On baigne ici en plein dans la prĂ©caritĂ©, les problĂšmes sociaux, les ravages de la drogue, les tristesses de chacun. Cela est mis en opposition avec la beautĂ© brute de la nature et des forĂȘts oĂč des touristes viennent s’adonner Ă  la pĂȘche facile dans des ruisseaux enrichis en truites tous les jours et n’emportent avec eux que les souvenirs qui les arrangent. Deux monde qui cohabitent bien difficilement et s’entrechoquent toujours dans la douleur.

J’ai moins accrochĂ© avec le personnage de Becky, la seconde narratrice. PoĂ©tesse Ă  ses heures, cette femme traumatisĂ©e par une fusillade tente de voir le beau partout oĂč elle le peut. Si son personnage en lui-mĂȘme est attachant, le style qu’utilise Ron Rash dans les parties la concernant m’a parfois sorti de ma lecture – peut-ĂȘtre cela est-il plus digeste en VO. Il y en effet beaucoup de jeux de mots, de jeux de mise en page voire des crĂ©ations de mots qui m’ont semblĂ© superficiels.

Quant Ă  l’enquĂȘte dont il est question ici et qui sert en quelque sorte de fil rouge, elle n’est pas inintĂ©ressante mais m’a parfois paru confuse et surtout prĂ©texte Ă  la derniĂšre ballade de Les dans la peau d’un ShĂ©rif. Je gage que Ron Rash est capable de mĂȘler avec davantage de brio mystĂšre efficace et ambiance des grands espaces AmĂ©ricains.

Avez-vous dĂ©jĂ  lu l’auteur ? Auriez-vous des titres en particulier Ă  me conseiller ?

En conclusion … Pas une excellente lecture, mais un premier contact concluant.

â†Ș L’avis des Petites lectures de Maud, qui a elle aussi envie de poursuivre l’expĂ©rience Ron Rash.


Une réflexion sur “Un silence brutal, Ron Rash

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