Une histoire des abeilles, Maja Lunde

Genre : Contemporain/Science-fiction 🇳🇴

409 pages

Note : 4 sur 4.

« Angleterre, 1852. Père dépassé et époux frustré, William a remisé ses rêves de carrière scientifique. Mais la découverte de l’apiculture réveille son orgueil déchu : décidé à impressionner son unique fils, il se jure de concevoir une ruche révolutionnaire.

Ohio, 2007. George, apiculteur bourru, ne se remet pas de la nouvelle : son unique fils s’est converti au végétarisme et rêve de devenir écrivain. Qui va donc reprendre les rênes d’une exploitation menacée chaque jour un peu plus par l’inquiétante disparition des abeilles ?

Chine, 2098. L’Effondrement de 2045 a laissé la planète exsangue. Comme tous ses compatriotes, Tao passe ses journées à polliniser les fleurs à la main. Pour son petit garçon, elle rêve de l’avenir réservé à l’infime élite. Seulement, un jour, Wei-Wen tombe dans le coma après s’être aventuré seul dans une forêt… Afin de comprendre ce qui est arrivé à son fils, Tao se plonge aux origines du plus grand désastre de l’humanité. »

Cela fait tout de même quelques années que ce titre me fait de l’œil ! C’est pour tout dire une circonstance professionnelle qui me le fait sortir – enfin – de ma PAL, et je ne le regrette décidément pas. Comme le titre l’indique, l’autrice Maja Lunde va nous offrir de revenir sur le rôle capital des abeilles dans la nature, mais également les conséquences effroyables qu’une disparition de l’espèce engendrerait. Pour cela, elle va aussi bien puiser du côté du roman historique, que du contemporain ou encore de l’anticipation. Un lien commun va être le fil rouge de ces histoires a priori décousues : la filiation parent/enfant.

Le point de vue historique nous emmène dans l’Angleterre corsetée du XIXᵉ, où un homme autrefois passionné par les insectes va parvenir à sortir peu à peu de sa dépression en se dévouant corps et âmes à l’amélioration de l’apiculture et plus particulièrement à l’élaboration d’une ruche révolutionnaire, à l’aide d’une de ses filles. Le point de vue contemporain sera celui de George, un Américain très bourru. Apiculteur, il rêve de transmettre à son unique fils une ferme prospère – celui-ci cependant rêve d’écriture et de journalisme. Néanmoins, la menace plane au-dessus des abeilles qui connaissent un effondrement étrange de leurs colonies. Et enfin, le dernier point-de-vue va suivre Tao, une jeune mère dans ce qu’il reste de la Chine après l’effondrement du monde moderne, à la fin du XXIᵉ siècle. Les abeilles ont disparu, les arbres sont pollinisés par une armée de travailleurs manuellement. Le besoin de main-d’œuvre est si colossal que les enfants arrêtent l’école à huit ans pour, eux aussi, s’adonner à ce travail pénible.

« Je n’avais rien en commun avec ces hommes épuisés en tenue de travail, les traits épais, la peau tannée par le soleil, qui s’exprimaient avec des mots simples. Mais à présent, je voyais l’être humain en chacun d’entre eux, l’être humain brisé par une catastrophe plus grande que lui. Chaque témoignage me bouleversait. »

Trois époques, trois atmosphères. C’est la bonne idée de ce roman, qui charmera aussi bien l’amateur de romans historiques, que l’aficionado de récits nord-américain, que le féru de SF. Maja Lunde tisse avec brio la toile de son histoire tout au long de ses quatre cents pages ; comme je le disais au-dessus, les intrigues peuvent sembler sans lien les unes avec les autres, mais pourtant, des liens ténus puis plus évidents font peu à peu surface à mesure que les chapitres passent. Plus que l’histoire de particuliers, c’est l’histoire du monde que Maja Lunde nous propose à travers ce prisme de l’abeille, un monde où les choix ne sont jamais sans conséquence malgré les milliers de kilomètres qui les séparent.

La partie anglaise nous déroule une histoire somme toute classique de fiction historique un peu naturaliste. Le personnage principal n’est pas quelqu’un d’attachant, mais ses (més)aventures sont agréables à suivre et non dénuées d’un humour pince-sans-rire parce qu’il semble poursuivi par une guigne monstrueuse. La partie américaine est bien ficelée ; le protagoniste, George, est un homme qui n’intellectualise pas réellement sa pratique de l’apiculture, mais qui pourtant tient à certaines traditions. Pris entre les tenailles du rendement et de l’éthique, il va se retrouver face à l’impasse du choix pour protéger sa situation financière et ne pas perdre ce pour quoi il a travaillé toute sa vie.

Puis, il y a ce point-de-vue futuriste. La grande réussite de ce roman, c’est cette partie qui nous emmène dans une Chine ravagée à l’aube de l’année 2100. On comprend à demi-mots que les Hommes sont morts de faim un peu partout dans le monde, puisque la pollinisation ne se fait plus. En Chine, des milliers de travailleurs l’effectuent à la main, mais ne parviennent à nourrir que peu de monde. Tao, la protagoniste que l’on suit, s’en rend vite compte lorsqu’elle part à Beijing. Elle y découvre une ville à l’abandon, où toute la modernité s’est effondrée d’un coup et, dans une scène absolument glaçante, se voit poursuivie par un groupe de désespérés qui nous le devinons, s’adonnent au cannibalisme. Comme cela est dit dans l’article que je cite en fin de chronique, pas de Hunger Games ou de futur politique révolutionnaire ici ; juste un lendemain plus que probable, qui m’a réellement glacé le sang.

J’ai terminé ce livre d’une traite, complètement embarquée dans cette narration habile et compte bien découvrir d’autres titres de l’autrice.

En conclusion… Un roman extrêmement efficace.

↪ Il m’a paru logique de vous partager l’avis de Albdoblog, qui est me semble-t-il apicultrice.


6 réflexions sur “Une histoire des abeilles, Maja Lunde

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