Les possibles, Virginie Grimaldi

Genre : Contemporain đŸ‡«đŸ‡·

378 pages

Note : 3 sur 4.

« Juliane n’aime pas les surprises. Quand son pĂšre fantasque vient s’installer chez elle, Ă  la suite de l’incendie de sa maison, son quotidien parfaitement huilĂ© connaĂźt quelques turbulences. Jean dĂ©pense sa retraite au tĂ©lĂ©achat, Ă©coute du hard rock Ă  fond, tapisse les murs de chefs sioux, Ă©gare ses affaires, cherche son chemin. Juliane veut croire que l’originalitĂ© de son pĂšre s’est Ă©panouie avec l’ñge, mais elle doit se rendre Ă  l’évidence : il dĂ©raille.

Face aux lendemains qui s’Ă©vaporent, elle va apprendre Ă  dĂ©couvrir l’homme sous le costume de pĂšre, ses valeurs, ses failles, et surtout ses rĂȘves. Tant que la partie n’est pas finie, il est encore l’heure de tous les possibles. »

Virginie Grimaldi fait partie de ces autrices et auteurs qui empilent les chroniques positives sur la blogo … mais que je n’ai toujours pas pris le temps de lire. J’ai donc jetĂ© mon dĂ©volu sur ce qui me semble ĂȘtre son dernier titre en date, un peu effrayĂ© Ă  l’idĂ©e de ne pas aimer cette littĂ©rature trĂšs ancrĂ©e dans le quotidien, moi qui apprĂ©cie justement les Ɠuvres qui m’emmĂšnent loin vers l’inconnu. Et je ne regrette nettement pas d’avoir franchi le pas !

L’histoire est celle de Juliane, une jeune femme d’une trentaine d’annĂ©es, qui va devoir loger son pĂšre quelques mois. En effet, Jean – de son prĂ©nom – a tout perdu dans un incendie qui a rendu son lieu de vie inhabitable. Juliane redoute beaucoup cette situation, car Jean et elle sont trĂšs diffĂ©rents. Lui est un grand enfant instable et turbulent, candidement passionnĂ© par les Indiens d’AmĂ©rique, collectionnant toutes les babioles s’y rapportant de prĂšs ou de loin. Elle dĂ©teste plus que tout sortir des cadres imposĂ©s et chĂ©rit sa petite vie trĂšs rangĂ©e et raisonnable. Aussi, entre les deux, la cohabitation est parfois Ă©lectrique – heureusement que son fils et son mari sont lĂ  pour faire tampon. Rapidement pourtant, elle sent que quelque chose cloche : son pĂšre dĂ©pense sa maigre pension en acquisitions futiles au tĂ©lĂ©achat, se montre occasionnellement perdu ou confus
 On lui rĂ©pond que l’Ăąge le rend encore plus fantasque, mais elle le connaĂźt sur le bout des doigts : il n’est peu Ă  peu plus tout Ă  fait le mĂȘme. Commence alors le difficile parcours du diagnostic.

« Papa.

C’est le premier mot que j’aie su prononcer.

Un mot tout bĂȘte, qui sort sans qu’on y pense, sans demander la permission. Un mot comme un automatisme, comme une respiration. Un mot d’enfant, un mot d’amour.

Un mot comme un membre fantĂŽme, qui fait mal quand il n’est plus lĂ . »

Quelle belle surprise que ce roman ! Les chapitres sont courts et s’enchaĂźnent Ă  une vitesse redoutable. Virginie Grimaldi fait preuve d’une certaine maestria pour installer l’Ă©motion sans convoquer le pathos et semble parler Ă  l’oreille de son lecteur qui a forcĂ©ment de prĂšs ou de loin eu affaire un jour Ă  un proche perdant peu Ă  peu ses capacitĂ©s cognitives. Son style est trĂšs simple, mais on y sent une trĂšs grande sincĂ©ritĂ©, un cĂŽtĂ© hyper social et bienveillant qui m’a personnellement rĂ©chauffer le cƓur.

Les possibles m’a amenĂ© Ă  rĂ©flĂ©chir sur la maniĂšre de voir et d’aborder ce genre de pathologie, notamment Ă  travers les yeux de Juliane – la narratrice – hĂ©roĂŻne a priori un peu rigide, qui tente surtout de cacher ses faiblesses comme elle le peut. Son histoire et celle de sa famille sont somme toute banales, mais pas moins difficiles. L’autrice parvient Ă  y insuffler de tendres moments, et cette lecture n’est en aucun cas grave ou lourde comme je le redoutais au dĂ©part, m’amenant mĂȘme la petite dose d’Ă©vasion que je chĂ©ris tant dans sa toute fin. Il y a mĂȘme des moments franchement drĂŽles, avec ce qu’il faut de verve et d’expressions bien choisies.

J’ai Ă©galement beaucoup apprĂ©ciĂ© le fait que l’autrice aborde des sujets rares, notamment la dysphasie. Cela se fait via le fils de Juliane, qui connaĂźt des difficultĂ©s croissantes Ă  l’Ă©cole primaire. La question de la prise en charge, du regard des autres, du regard des parents sur leur propre enfant aussi sur ce trouble qui est finalement un handicap invisible – tout comme les pathologies entrant dans le spectre de la dĂ©mence finalement – est abordĂ©e avec soin et dĂ©licatesse. Les troubles dys sont encore trĂšs rarement mis en avant de maniĂšre juste !

En conclusion … TrĂšs bon moment de lecture, qui m’a profondĂ©ment Ă©mu plus d’une fois.

â†Ș L’avis d’une lectrice qui connaĂźt bien l’autrice chez Ma toute petite culture. N’ayant pas trouvĂ© de chronique plus mitigĂ©, j’ai choisi de vous partager ce lien qui restitue l’Ă©change qu’il y a eu au sujet de ce titre dans l’Ă©mission radiophonique Le masque et la plume. À vous de juger … (clin d’oeil)


9 réflexions sur “Les possibles, Virginie Grimaldi

  1. Caroline - Le murmure des Ăąmes livres dit :

    J’ai lu ce roman au dĂ©but du mois dernier, et je l’ai vraiment beaucoup aimĂ©. J’aime sa façon de raconter la vie, et d’en garder optimisme et espoir. J’ai autant aimĂ© ce roman que « Et que ne durent que les moments doux », qui est tout aussi juste et beau. Une autrice que j’ai dĂ©couverte seulement l’an dernier, et je ne regrette absolument pas !

    Aimé par 1 personne

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