Le faire ou mourir, Claire-Lise Marguier

Genre : Contemporain 🇫🇷

103 pages

Note : 3 sur 4.

« Vus de l’extérieur, ils faisaient plutôt peur, ceux de la bande à Samy, avec leurs coupes de cheveux étranges, leurs vêtements noirs, leurs piercings… Mais le jour où les skateurs s’en sont pris au nouveau du collège, Dam, avec son physique de frite molle, c’est Samy qui s’est interposé et lui a sauvé la mise. Et c’est comme ça qu’ils se sont rencontrés, et que l’histoire a commencé. Samy a essuyé le sang qui coulait de la tempe de Dam, avec sa manche noire.
C’était la première fois que quelqu’un le touchait avec autant de douceur… »

Cela faisait très, très longtemps que je désirais découvrir ce court texte de l’autrice française Claire-Lise Marguier qui trône depuis plusieurs années dans les meilleures notes LivrAddict. C’est à l’occasion d’un challenge littéraire auquel je participe qu’il s’est imposé comme un des seuls à remplir une consigne pour avancer. Ce bref roman (à peine une centaine de pages) va nous raconter un moment précis dans la vie du jeune Damien, quinze ans : cette année scolaire décisive où il va faire la rencontre de Samy, qui va pour ainsi dire l’aider à changer sa vie.

En effet, jusqu’ici, l’existence de Damien n’a pas été un long fleuve tranquille : complètement transparent au sein d’une famille qui ne semble plus le comprendre, il doit subir l’indifférence de sa mère, les remontrances incessantes de son père et les remarques franchement atroces de sa sœur au quotidien, tandis qu’à l’extérieur il est la cible d’une bande de skateurs obsédés par l’idée de le passer à tabac devant le lycée. Jusqu’au jour où Samy, un élève de terminale s’interpose et le prend sous son aile. Avec lui et sa bande, il va découvrir l’amitié et enfin cette sensation d’être soutenu et compris.

”« Il faut vivre les choses à fond. Il faut dire ce qu’on ressent, souvent les gens sentent pareil même s’ils le disent pas. Il faut pas aller contre ce qu’on ressent. Il faut pas laisser les autres décider pour nous. Il faut faire ce qu’on a envie de faire. Il faut pas passer à côté. »“

Le faire ou mourir a beau ne faire qu’une centaine de pages, c’est un texte fort qui n’hésite pas à appuyer là où ça fait mal. Je ne m’attendais franchement pas à autant de violences, qu’elles soient physiques ou morales et aie au départ été quelque peu décontenancée. Néanmoins, l’autrice a le mérite de ne pas édulcorer son propos, ce qui somme toute est finalement salutaire et bienvenu. Bienvenu, car il n’y a ici rien de racoleur ou de misérabiliste, simplement l’immense souffrance d’un ado qui n’attend qu’une chose : qu’on lui tende enfin la main, même si l’aide est toujours compliquée à accepter. Il y a donc des scènes difficiles, ayant notamment trait à la pratique de la scarification ou au harcèlement scolaire et familial, mais qui sont utiles et finalement assez pédagogiques au sens où elles nous aident à mieux cerner ces problématiques.

Damien est un jeune homme intéressant, très, voire trop conscient des choses qui l’entourent et de l’absurdité de l’existence depuis son plus jeune âge. Ses obsessions lui valent de s’être toujours senti un peu à part, une différence qu’on ne lui a visiblement jamais pardonné, car il n’a personne sur qui compter jusqu’à l’arrivée de Samy et sa fameuse bande. On peut dire que ce sont les « emo » du lycée de la manière dont est décrit leur aspect physique, mais aussi en termes de comportement : toujours à se câliner, avec finalement beaucoup de chaleur et de soutien en acceptant chacun comme il est. Si la bande n’est pas vraiment creusée, le personnage de Samy l’est, lui. L’autrice joue là avec les clichés (ceux dont sont repus des personnes comme la famille de Damien) en faisant de lui un garçon au style appuyé (piercings, maquillage, etc.) mais entouré d’une famille aimante et gentil, sérieux – car oui l’un n’empêche évidemment pas l’autre – et parvient à nous restituer l’aura fascinante qui semble entourer Samy.

À un moment, le texte se scinde – nous proposant ainsi deux issues possibles : l’une tragique et l’autre davantage positive. La première pèche souvent par excès, tout comme la seconde d’ailleurs, mais l’initiative est intéressante et a le mérite de faire réfléchir et de rappeler que tenter de comprendre n’est pas excuser.

En conclusion … Une lecture intéressante, tant sur le fond que dans la forme.




2 réponses à « Le faire ou mourir, Claire-Lise Marguier »

  1. Ca fait longtemps que j’ai envie de lire ce bouquin mais je n’ai pas encore franchi le pas, ton avis donne très envie en tout cas !

    Aimé par 1 personne

    1. Je ne peux que t’encourager, c’est un texte que j’aurais d’ailleurs vraiment aimé découvrir plus jeune !

      Aimé par 1 personne

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