Tous les hommes désirent naturellement savoir, Nina Bouraoui

« Tous les hommes désirent naturellement savoir est l’histoire des nuits de ma jeunesse, de ses errances, de ses alliances et de ses déchirements. C’est l’histoire de mon désir qui est devenu une identité et un combat. »


Genre : littérature française   –   265 pages

Livre reçu dans le cadre d’un service presse de l’éditeur JC Lattès, via Netgalley.


Nina Bouraoui est une autrice que j’apprécie particulièrement ; elle a une manière de parler de ses ressentis et ses souvenirs dans ses écrits qui laisse transparaître un réel besoin de comprendre, de déduire. Bref, de coucher les mots sur le papier. Dans une critique d’Actualitté (pas sûre) de Tous les hommes désirent naturellement savoir, il y avait cette très belle expression : l’archéologie de soi.

« J’épie ma mère, sa vie m’apparaît parfois comme une énigme qu’il me faut résoudre pour éclairer et comprendre la mienne. »

Ici donc, elle replonge au cœur de son enfance entre l’Algérie (dont le climat politique est très tendu – c’est assez complémentaire à L’art de perdre d’Alice Zeniter, pas en terme de point de vue mais d’Histoire) et la France. Nina Bouraoui est née en 1967 d’une mère française et d’un père algérien, et sera souvent amenée à vivre d’un pays à l’autre durant son enfance, traînant avec elle un perpétuel sentiment de déracinement. Où qu’elle soit, il lui est impossible de trouver sa place de jeune fille, de vivre cette double-culture bien particulière, mais aussi d’admettre et de comprendre ce désir naissant qu’elle ressent pour les femmes.

Jusqu’à son arrivée à Paris à la fin de son adolescence ; c’est une ville où elle commence à s’accepter doucement, telle qu’elle est, en marge des évènements douloureux des années 80, comme l’émergence du SIDA. Elle nous raconte aussi la fin des lieux lesbiens, ces boîtes, ces bars dont la clientèle était largement homosexuelle.

« Je me demande si le Sida s’attrape entre filles, s’il passe par les mains, par la salive ou s’il meurt vite au contact de l’air. Personne n’évoque cette possibilité, par crainte, par ignorance, par gêne, je la garde à l’esprit comme une menace, un fantasme, une raison supplémentaire de m’inquiéter. »

J’ai la sensation qu’avec Tous les hommes désirent naturellement savoir, il faut tout de même connaître un minimum le parcours de l’autrice, sans quoi la narration peut paraître quelque peu confuse. Il y a tout d’abord son style très haché, qu’il faut apprendre à aimer – il peut décontenancé au premier abord. Ensuite, il y a des retours incessants entre des époques différentes, des lieux différents. Cependant, les chapitres (multiples et très courts) sont construits sous quatre titres différents : Se souvenir, Devenir, Savoir et Être. On ne s’en rend pas forcément compte à la lecture car ils sont abordés dans le désordre, mais chacun entre dans une thématique bien précise, qui donne un certain fil31 conducteur à la lecture, mais aussi en fait surgir de l’émotion, contrebalançant une écriture des faits et des sentiments volontairement froide – et c’est ce qui est extrêmement touchant dans cette œuvre.

Un texte fort donc, qui ne restera cependant pas mon favori de l’autrice – je trouve un livre comme Garçon manqué assez similaire dans ce qu’il raconte et bien plus abouti que celui-ci.

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