Les illusions de Sav-Loar, Manon Fargetton

« Plusieurs versions de la naissance de Sav-Loar circulent dans le royaume. Toutes racontent comme de jeunes magiciennes poursuivies par les capes d’or se réfugièrent dans la forêt des Songes et y érigèrent une ville secrète. Sans être entièrement fausses, ces légendes sont approximatives, car les fondatrices de cette ville n’avaient rien des adolescentes terrifiées et à peine pubères qu’elles décrivent. Elles étaient des femmes dans la fleur de leur féminité, à l’apogée de leur art, au zénith de leur colère. Elles étaient d’anciens membres du Clos traquées par leurs pairs, ayant assisté au massacre de deux centres d’entre elles par la peur de la différence et la soif de domination. Sav-Loar, le lever de lune, devint le pendant clandestin d’Astria l’éclatante. Ainsi débuta la nuit des magiciens. »

sav


Les + : L’univers ; une plume qui a gagné en maturité.

Les – : Des longueurs ; des « hommages » trop appuyés ; trop de dialogues.


C’est dans le cadre d’une « grosse op’ Bragelonne » que je me suis procurée ce qu’on pourrait qualifier de face B de L’héritage des Rois-passeurs ; face B car finalement, ce diptyque forme un tout très complémentaire. Bien que je n’avais pas prévu de le lire dans un premier temps (même si L’héritage des Rois-passeurs avait constitué un moment très divertissant), les nombreuses & excellentes critiques lues çà et là ont eu raison de moi. Et … la fameuse « Grosse Op », oui oui, celle qui te fait gonfler ta PAL d’une vingtaine de titres en quelques minutes à peine, a toujours le pas sur mes résolutions.

Manon Fargetton avait assez peu développé le background des magiciennes dans L’héritage(…). Nous savions qu’elles étaient traquées et assassinées dès que repérées et que certaines d’entre elles avaient il y a longtemps décidé de fonder une ville clandestine, cachée par de multiples illusions, au cœur d’une forêt. 

« Aa et Izil, de leurs mille yeux et de leurs mille oreilles, buvaient chaque parole comme un lecteur avide relit une centième fois ses pages préférées. »

Contrairement à ce que nous dit ce résumé, il ne s’agira pas de relater l’histoire de cette ville clandestine en elle-même, mais d’apprendre à la connaître, par les yeux de Bleue (croisée dans L’Héritage(…) : tout se recoupe !). Bleue est une jeune enfant d’une dizaine d’année n’ayant connu dans sa vie que la condition d’esclave. Sur un étal, elle est achetée, ainsi que d’autres, par les envoyés du Sker, un homme dont on dit qu’il a le pouvoir des Dieux. Elle et d’autres, parmi lesquels Fèl, une jeune femme à la beauté troublante, se mettent alors en route pour un voyage jusqu’à la gigantesque demeure de cet homme. Elles vont y intégrer son harem.

Fèl a connu de nombreux hommes dans sa vie, elle compte donc sur son charme pour se sortir de là. Bleue, elle, vient d’avoir ses premières règles. Le Sker va donc « s’intéresser » à chacune d’entre elles. Disons le, c’est une pourriture avec les femmes de son harem, auxquelles il fait subir les pires sévices sexuelles qui soient. Et là … Mon esprit décroche totalement de l’histoire. Si vous avez lu la saga « Kushiel« , vous devez aussi avoir fait le lien. Comment ne pas penser au tome 3, dont l’intrigue est similaire ? On atteint ici les limites de l’hommageLe Sker, c’est le Mahrkagir du Drujan dans l’œuvre de Jacqueline Carey. « L’homme qui défie la mort » chez Carey, le Sker demi-dieu chez Fargetton. Le harem …  J’ai un peu ruminé cette similarité tout au long de ma lecture. Être fan de Jacqueline Carey, comme je le conçois ! En revanche, reprendre à son compte durant 25% du bouquin une histoire déjà vue ailleurs à son compte … NON.

« Les canons d’avant-bras métalliques qu’on lui avait enlevés avant de la vendre comme esclave lui manquaient. Cet affrontement ne devait pas s’éterniser. »

Clairement, ça a perturbé toute ma lecture. Dommage, car Manon Fargetton a de très bonnes idées. Une fois échappée de là (dans une cavalcade un peu longuette), Bleue découvre Sav-Loar et l’étendue de ses pouvoirs, la réalité du traitement des femmes-magiciennes, et c’est passionnant. J’aime le fait que l’auteure, par le biais de l’imaginaire, pose des opinions claires sur des sujets divers comme les inégalités homme/femme, la sexualité, le choix de devenir mère, de vivre une vie conformiste ou non, la mysandrie aussi, etc. Ce côté initiatique aurait pu constituer un très bon roman à lui tout seul, tant il y a à dire.

Les chapitres suivants les autres personnages m’ont moins convaincu, mais ils se lisent quand même avec intérêt car l’auteure a très bien construit son monde. Ainsi, chaque destinée a sa place propre et fait avancer l’histoire globale. Et puis là où je trouvais la plume de Manon Fargetton parfois un peu « facile » dans L’héritage(…), elle gagne ici en densité, en maturité (même s’il y a overdose de dialogues) en gardant son côté extrêmement moderne, actuel.

Impossible donc de totalement déconseiller ce titre, même si je vois rouge en repensant aux premiers chapitres. Si vous voulez vous lancer, il est fortement (mais pas indispensable) de lire L‘héritage des Rois-Passeurs auparavant, histoire de mieux cerner l’histoire et ses interconnections.


Genre : Low Fantasy (même si c’est moins flagrant dans ce tome) – 665 pages

Avis sur L’héritage des rois-passeurs

 

Publicités

4 réflexions sur “Les illusions de Sav-Loar, Manon Fargetton

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s